Marilyn Manson
Marilyn Manson:
Bryan Warner est un enfant compléxé. Né en 1969, aux USA. Un pays qu’il aime autant qu’il le déteste. Son ambition est grande, il réalisera le rêve américain à sa façon. Il deviendra une star richissime, mais son ambition est plus grande encore: il sera la pire des stars, la plus obscène, la plus marquante, la plus choquante. Il a un message, et ce message est clair, l’Amérique est malade, et il en est le symptôme le plus voyant. Le consumérisme, la paranoïa, l’abrutissement asséné par la télé, le puritanisme, le culte de l’apparence, autant de cibles pour cet ennemi acharné du système en place. Le gouvernement, la religion, les médias sont à son sens la source de l’aliénation de la population, et il s’en prend à eux avec acharnement et violence.
La créature :
Marilyn Monroe, star hollywoodienne au destin tragique, et Charles Manson chanteur raté fondateur d’une secte meurtrière. Le plus désirable et le plus terrifiant de la culture américaine réunis en une seule personne.
Marilyn Manson l’improbable rencontre du pire et du meilleur. Son intention est affichée, faire parler de lui par tous les moyens, il a des choses à dire, et il veut qu’on l’entende. Sa stratégie ? La provocation et le scandale, tout le temps et en toute occasion, prêter le flan pour se faire attaquer sur la forme afin de répondre sur le fond. Au-delà de la provocation facile et permanente, Manson est intelligent, il sait jouer de son image et gérer les médias.
Marilyn Manson déteste le grunge ou on le classait parfois à ses débuts, pour lui c’est le stade terminal du rock, le rock n’est pas un art pour lopettes qui passent leur temps à se lamenter, il doit être un cri de révolte destructeur. Le rock ne fait pas pitié, il doit faire peur. Manson veut faire peur, et tous les moyens sont bons à commencer par son aspect gothique a l’esthétique morbide et décadente inspirée de Witkin. Manson frôle le bon goût sans jamais tomber dedans.

Il empreinte à Bowie, Kiss, Alice Cooper, Iggy Pop ou Pink Floyd pour devenir une étrange créature composite, androgyne et obscène. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Manson n’est pas un imposteur, il possède une voix remarquable, ses textes sont extrêmement bien écrits, c ‘est un poète, décalé et morbide, mais surtout talentueux.
Dans les années 90 il traverse les états unis puis le monde dans une tournée dévastatrice (pour l’album " Antichrist superstar " réalisé par Trent Reznor). Drogues, destruction, scarifications sur scène avec des tessons de bouteilles, bibles déchirée et jetées en pâture au public, pluie de salives et de sang. Il reste encore un témoignage de cette époque apocalyptique, sur la vidéo " Dead to the world " (pour public averti tout de même.)
Insupportable mégalo :
Manson savait qu’il serait une star, il a donné tout ce qu’il a dans le ventre pour ça. Le revers de la médaille est son coté star mégalo, Marilyn Manson est la vedette, et personne ne doit lui faire d’ombre. Twiggy Ramirez son bassiste commence à être pratiquement aussi flippant et badtripant que lui : hop viré, c’est lui la star faut pas déconner il veut capter toute la lumière. Manson compose peu, ce sont ses musiciens qui font le principal de la musique, le problème c’est qu’il les vire tous à tour de bras, ce qui fait que ses albums sont très inégaux. Seul le discret clavier semble tenir encore bon et donne à la sauce du groupe ce semblant d’unité depuis les débuts. Sinon, pour les autres c’est la chaise musicale. Marilyn Manson et quelques connards.
La participation de Reznor à Antichrist superstar, et l’arrivée du pauvre John 5 (tête de turc et guitariste inspiré) sur Holy Wood expliquent la qualité de ces albums. Des albums boudés par le public métal comme " Mechanical animals " ou " Eat me drink me " s’expliquent en revanche par des changements de line up, et parfois même une simple absence de line up.
Mechanical animals en son temps a même été décrié par ses fans comme une véritable trahison, Manson soupçonné de se vendre au grand public est même stigmatisé par Reznor dans le morceau " Starfucker ". Mais ces petites escapades glamrock lui permettent de toucher plus de monde encore, car si parfois la musique peut se faire barbante, le message reste le même.
Une vocation de martyre:
Manson est venu réveiller les consciences. L’homme est devenu un esclave qu’il veut libérer. Pour ça il est prêt à tout, y compris mourir en martyre. Un thème récurent de son univers, un fantasme mégalomaniaque d’intemporalité.
Jésus aurait-il eu un culte planétaire s’il n’avait pas été crucifié? Parlerait-on encore de Kennedy s’il était mort de vieillesse ? Pour devenir culte, il doit mourir, réellement ou artistiquement. Il se met en scène crucifié ou encore assassiné comme Kennedy dans le clip de " Coma white ", il filme aussi son autopsie façon Roswell.

Dans plusieurs titres (comme reflecting god) il explique qu’il prendra sa vraie dimension à sa mort. Le suicide est un acte lache auquel il ne saurait se résoudre il encourage donc ses ennemis à le descendre : " Un tir et notre monde devient plus petit, tire tire tire enculé ", il espère sinon une fin à la Lennon dans le morceau mister superstar " Monsieur Superstar, je donnerais ma vie pour toi, Monsieur Superstar, je te tuerai si je ne peux pas t’avoir ". Au dos de la vidéo de " Dead to the world " figure cette phrase : " Toutes les sociétés ont besoin d’un bouc émissaire, alors me voilà ".
L’anomalie temporelle:
C’est finalement la mort médiatique qui l’attend. Lors du drame de Colombine qui traumatise les états unis, il est dénoncé comme le premier responsable, ce ne sont pas les armes à feu qui ont tué tous ces jeunes, c’est Marilyn Manson. Il est mis à l’index et n’a plus droit de citer nulle part. Il commence à trouver la mort médiatique un peu contre-productive, mais surtout, il ne veut pas partir sur Mechanical Animals. Il veut faire son come back avec un film à la Pink Floyd qui ne verra pas le jour faute de producteur courageux, et donnera l’album Holy Wood.
" Bowling for Colombine " Le film de Michael Moore sur la tuerie, lui donne une chance de retour, il montre à tous ses détracteurs ce qu’ils n’attendaient pas de lui, compassion, tacte et intelligence. Il marque le point, mais détruit aussi son image subverssive et inquiétante. Manson c’est fini, il ne reste plus que Marilyn.

Aujourd’hui Manson est encore là, en le voyant se détruire avec application à l’époque d’Antichrist, on ne donnait pas cher de sa peau, c’est l’anomalie temporelle comme dans retour vers le futur…Manson a la peau dure. Sa révolte est devenue une marchandise exploitée par le star système exactement comme il l’avait prophétisé à l'époque d'Antichrist Superstar. Ses textes sont toujours aussi beaux, mais la flamme brille avec nettement moins d’intensité.
On l’invite chez Cauet ou chez Denisot, à l’heure des repas, Manson se repose sur des lauriers chèrement gagnés, il est rincé, mais il laisse quand même dans l’histoire du rock, une trace indélébile et profonde.
Et puis sait-on jamais qu’il trouve un nouveau line up bien virulent, ce ne serait pas la première fois qu’on le verrait renaître de ses cendres.
"Saloperie de consumérisme aveugle. Les cons n'ont que ce qu'ils méritent. ils sont capables de porter des T-shirts sur lesquels est inscrit "je suis très con", uniquement parce que Cindy Crawford leur a expliqué que c'était cool. J'aimerais les tuer tous, mais ce serait leur rendre service. la pire punition qu'ils méritent est de se lever tous les matins pour mener leur vie à la con, élever leurs connards de mômes dans leurs baraques de merde, et bien sûr, que je fasse un album intitulé Antichrist superstar qui les emmerdera et les anéantira tous. Que l'amérique aille se faire foutre. Et moi aussi. Le monde écarte les jambes pour une autre putain de star."
Pour les non anglophones, deux adresses où trouver les paroles traduites:
http://www.manson-world.net
http://www.mansonlegion.com/legion.htm
Les traductions ne sont pas toujours des plus adroites, mais ce sont deux sites de fans, donc des gens qui s'appliquent beaucoup dans ce qu'ils font.